La Mule (vo)

À plus de 80 ans, Earl Stone est aux abois. Il est non seulement fauché et seul, mais son entreprise risque d'être saisie. Il accepte alors un boulot qui – en apparence – ne lui demande que de faire le chauffeur. Sauf que, sans le savoir, il s'est engagé à être passeur de drogue pour un cartel mexicain.

Drame de Clint Eastwood

Avec Clint Eastwood, Bradley Cooper

Etats-Unis, 1h56

mercredi 27 février - 17h

vendredi 1er mars - 20h30

samedi 2 mars - 18h30

mardi 5 mars - 18h30

Eastwood, la mort en son jardin

Comme dans les films de Hawks donc, ce rythme alterné de la mise en scène est la conséquence contrariée d’un surplace et d’une impatience, d’une endurance et d’une échéance, d’une routine solitaire et des risques du métier. Trois temps alternés. D’abord l’autoportrait composé de Eastwood en Earl Stone, vieux réac malin qu’on regarde faire son numéro amusé, deux-trois plaisanteries adressées à divers «latinos» et «negroes», un clin d’œil aux «Dykes on Bikes» (ces motardes lesbiennes autobaptisées), le temps de mettre dans sa poche un public tout acquis à la cause de l’antipolitiquement correct, lui le héraut de droite anticonformiste pour les uns, le repoussoir critique en libertarien assumé pour d’autres… Bref, Eastwood, cette tête de mule en majesté, qu’il adore jouer. Venant ensuite animer ce portrait liminaire, débute le récit dramatique lui-même, vrai road-movie et faux thriller inspiré de l’histoire vraie de ce vieil homme horticulteur en faillite qui devint à près de 90 ans passeur de drogue pour le tout-puissant cartel mexicain Sinaloa. Le camouflage parfait. On se retrouve devant cette belle ironie eastwoodienne, s’ingéniant à renverser les perspectives, faisant le pas de côté nécessaire : un Blanc, hétéro, un peu misogyne, un peu raciste, réac et vieux, enfin assez âgé pour que n’importe quel policier pense à son grand-père et pas à un délinquant en le voyant. Qui pour le soupçonner ? Personne. Le parfait criminel est un Américain moyen, planqué, insoupçonnable, le plus inoffensif possible.

Camille Nevers, Libération